L’intelligence des villes

Vous êtes-vous déjà balladé rue du Faubourg du Temple, à Paris ? Ou une autre rue de grande ville très dense, et très fréquentée ?

Comment vous y sentez-vous ?

J’ai longuement habité la Rue du Faubourg-du-Temple où je suis arrivée de la paisible ville de Strasbourg, jeune étudiante. J’ai d’abord été traversée par un certain malaise. Tous ces gens au comportement parfois inhabituel, ces hommes qui me regardent de façon un peu trop insistante ; Ce besoin de slalomer pour éviter la foule sur un trottoir trop étroit ; Ces véhicules qui viennent livrer en stationnant n’importe comment ; Et puis ces mélanges d’odeurs et de bruits…

Pourtant je m’y suis finalement assez vite sentie à mon aise. Parce que malgré l’anonymat de la rue, peu à peu chaque commerçant avait appris à me reconnaître. Et puis il était rassurant de voir les bars ouverts tard le soir. Je faisais un petit coucou à chacun·e en passant devant la boutique. Je mangeais de temps en temps un plat du jour savoureux à bas prix dans une cantine turque. Et je faisais plein de trouvailles dans les commerces débordant de marchandises de qualité diverses. J’ai vite perçu que la foule, les commerçants, pouvaient être protecteurs.

En revanche, juste à côté de cette rue vivante, en quelques pas se trouvent des rues bordées d’immeubles propres et neufs, qui paraissent vides de tout habitants. J’y ai, paradoxalement, toujours ressenti un malaise qui, lui, ne s’est jamais démenti : les voitures et les scooters qui y roulent trop vite ; les ombres cachées dans les recoins qui sursautent à votre passage ; les déjections canines impossibles à éviter. En bref, trop vides et trop propres…

Notre projet, c’est de vous embarquer pour comprendre ce qui fait qu’un lieu comme la rue du Faubourg du Temple incarne ce que la ville peut donner de meilleur d’elle-même.

C’est de vous faire comprendre pourquoi ces espaces croulent sous l’activité et la densité, peuvent en fait nous donner bien des enseignements pour construire et aménager nos villes.

Savez-vous que la rue du Fg du Temple est une très vieille rue ? Elle a toujours été, depuis le haut moyen âge, un haut lieu, pour toutes sortes de commerces. Cette ambiance que vous pouvez observer, eh bien c’est la même, depuis très longtemps, avec des adaptations selon les époques. Elle a surmonté bien des catastrophes, des guerres, des famines, retournant, systématiquement, à son état « naturel », lors des périodes de paix et de retour du commerce.

Une rue comme celle-là démontre à quel point une ville, c’est un produit de l’intelligence collective que l’humanité peut donner au monde.

C’est un lieu où sont respectées certaines règles, respectées au mieux par toutes et tous celles et ceux qui le fréquentent, car chacun·e a un objectif particulier, a une histoire, un statut particulier, différent des autres, mais où chacun·e respecte à peu près le cadre partagé.

C’est un lieu où la présence de la multitude génère un renouvellement constant des relations et une grande vitalité.

C’est le pari de l’association Apprendre au bout de la rue : favoriser la création d’espaces où l’on peut apprendre, travailler et transmettre ensemble, en mettant à profit nos différences.

Une réflexion sur « L’intelligence des villes »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.